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Dimanche 5 mars 2006
LA NAISSANCE
La France vient de connaître la bataille de l'affaire Dreyfus et se trouve engagée, depuis la formation du ministère Combes dans les luttes anti-cléricales quand Jean Jaurès décide de fonder un nouveau journal.
Les fonds nécessaires vont être réunis avec l'aide des milieux dreyfusards. Bon nombre de riches israélistes étaient reconnaissants à Jaurès d'avoir engagé les socialistes à leurs côtés et le député de Carmaux put compter sur eux.
Le titre retenu pour le journal fut imaginé par Lucien Herr. Contre l'esprit de classe et un patriotisme à oeillères, il fallait développer le sens de l'humain et l'internationalisme, tel était alors le projet de Herr, bibliothécaire de l'Ecole normale supérieure.
Le nouveau journal s'inscrivait dans un projet idéologique humaniste et universaliste qui devait, déjà, le différencier de la "presse à sou". Il se voyait attribuer, outre l'information de ses lecteurs, une mission éducative tout à fait essentielle.
Ce qui explique le nombre des professeurs parmi ses rédacteurs. Mais il n'y avait pas que des "intellectuels" parmi les collaborateurs, car Jaurès tenait également à ouvrir les colonnes du journal à des militants syndicalistes et socialistes.

L'Humanité d'alors ne se vendit qu'à 12 000 exemplaires, mais son influence était grande. Jean Jaurès, son premier directeur fût assassiné en 1914 en signant un dernier éditorial pronant la Paix, à la veille de la première guerre mondiale.
L'Humanité au cours de son siècle d'existence resta fidèle à l'esprit de Jean Jaurès de liberté, de justice, de paix. A plusieurs reprises les autorités l'interdirent, et plusieurs des ses rédacteurs comme Lucien Sempaix ou Gabriel Péri furent victimes de ces répressions.

L'HISTOIRE
Pour Jean Jaurès à l'origine il s'agissait de concevoir une publication destinée à la fois aux militants syndicalistes et socialistes, aux partisans de la gauche parlementaire et au milieu des intellectuels socialisants. Le premier numéro de L’Humanité, présentée comme «journal socialiste», parut le 18 avril 1904.
Au sein de sa rédaction figuraient notamment Viviani, Briand, Jean Longuet et Albert Thomas; le directeur politique était Jean Jaurès. Après l’unification du mouvement socialiste français en avril 1905 au sein de la S.F.I.O., les autres courants firent leur entrée dans l’équipe du journal avec Jules Guesde, Paul Lafargue et Édouard Vaillant.
Parmi les collaborateurs ont figuré quelques-unes des plus grandes signatures de l’époque: Tristan Bernard, Anatole France, Octave Mirbeau, Jules Renard. Organe de doctrine d’un haut niveau intellectuel, L’Humanité évolua et progressa parallèlement à la S.F.I.O.
Avec la Première Guerre mondiale, L’Humanité, dirigée alors par Renaudel, est soumise aux vicissitudes du mouvement socialiste. Elle soutient le gouvernement Viviani.

Mais le succès des minoritaires, lors du congrès d’octobre 1918, entraîne le remplacement de Renaudel par Marcel Cachin (qui devait rester le directeur du journal jusqu’à sa mort, en 1958). Longuet (petit-fils de Marx) transfère dans la même période Le Populaire du Centre à Paris et en fait un journal du soir destiné à combattre les positions de L’Humanité.

En décembre 1920, à la suite de la scission au sein de la S.F.I.O. lors du congrès de Tours, L’Humanité, qui tire alors à environ 140 000 exemplaires, reste l’organe de la majorité et devient donc le quotidien du Parti communiste. Elle connaît néanmoins une période difficile, du fait notamment du départ de nombre de ses collaborateurs, et il faut attendre 1926 pour que son nouveau rédacteur en chef, Paul Vaillant-Couturier, redresse la situation.

Dès lors, le journal est le strict porte-parole de la direction du parti, échappant même aux conflits qui ont pu diviser les responsables communistes. Son tirage augmente régulièrement en dépit des poursuites dont L’Humanité est l’objet.
En juillet 1929 notamment, Tardieu fait arrêter un certain nombre de dirigeants communistes, fait saisir le numéro du 1er août et, dans le dessein de provoquer la faillite du quotidien, met en liquidation la Banque ouvrière et paysanne.
Des comités de défense de L’Humanité (C.D.H.) sont aussitôt mis en place, qui, en trois mois de souscription, sauvent le titre; devenus les comités de diffusion de L’Humanité, les C.D.H. ont continué leur action. Le 26 août 1939, le quotidien communiste est confisqué, et sa publication interdite.

Le 26 octobre paraît le premier numéro clandestin; 317 numéros paraîtront dans des conditions très difficiles pendant la guerre. Le 21 août 1944, le journal est diffusé à nouveau au grand jour.
Il s’agit alors de s’adapter au nouveau contexte politique, et le quotidien sera à nouveau saisi plusieurs fois pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie. Sous la direction d’Étienne Fajon (1958-1974) puis de Roland Leroy, il reste un journal austère, fidèle porte-parole de la ligne du Parti communiste français, analysant la politique intérieure et extérieure, les événements internationaux, en termes d’opposition dialectique communisme/capitalisme.

Il lui est souvent reproché d’aligner ses prises de position dans le sens d’un soutien systématique à la politique soviétique, même quand ses réactions ont été différentes ou critiques (événements de Tchécoslovaquie en 1968, invasion de l’Afghanistan en 1980, événements de Pologne en 1980-1981).
De même, le quotidien, à l’image du P.C.F., reste très réservé vis-à-vis des réformes proposées par Mikhaïl Gorbatchev en U.R.S.S.
Son contenu, souvent très théorique, n’atteint pas une audience très large; la diffusion de L’Humanité (180 000 exemplaires en 1970, 100 000 exemplaires vingt ans plus tard) n’a jamais réellement exprimé le poids électoral du P.C.F., même si celui-ci est en net recul depuis 1981.

L'HUMANITE AUJOURD'HUI
Cette diffusion peu élevée et la faiblesse des recettes publicitaires (même après l’arrivée des socialistes au pouvoir et la mise en place d’un gouvernement comptant des ministres communistes) rendent la situation économique du quotidien très difficile : la fête de L’Humanité organisée pour la première fois en 1930 par les C.D.H., les bénéfices de l’hebdomadaire L’Humanité-Dimanche et surtout l’appel aux militants (aide à la diffusion; souscriptions) procurent des ressources complémentaires.

La modernisation de l’entreprise entamée en 1985 et la rénovation des formules du quotidien et de l’hebdomadaire permettent à ce journal d'être mieux porteur des idées de progrès. Son apport sur des sujets comme la guerre en Irak, les dossiers sur les retraites, la mondialisation, le référendum européen, est incomparable. Il s'ouvre largement aux jeunes de 16 à 25 en accordant, fait unique dans la presse, deux pages hebdomadaires rédigées intégralement par de jeunes correspondants.

Aujourd'hui l'Humanité est un des rares journaux non placé sous le contrôle étroit des puissances financières, c'est ce qui en fait son originalité et sa force.

Avec plus de 50 000 lecteurs / jour, il est en 2005, avec La Croix et l'Equipe un des rares quotidiens, en progression depuis trois ans.

Son site web récemment actualisé est unique dans la presse française en reprenant intégralement tous les articles.
Par Diaz
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Mardi 11 avril 2006

Le 12 avril 1931, l’Espagne est grosse d’une république. Elle était espérée depuis longtemps, mais personne ne s’y attendait vraiment.
Ici ou là, à la faveur d’une insurrection, d’un mouvement de grève ou d’un coup de force, on la proclamait et tout rentrait dans l’ordre, après souvent des violences.
À Barcelone, par exemple, où elle fut - déclarée en 1917 par un comité révolutionnaire, la répression, conduite par l’armée, provoqua une centaine de morts. On - traduisit deux mille ouvriers devant les - tribunaux militaires, ainsi que les directions du Parti socialiste ouvrier espagnol et de l’Union générale des travailleurs.

Le rêve de république avortait dans le sang.
En début d’année, encore, un conseil de guerre condamna à mort deux officiers, Firmin Galàn et Garcia Hernandez, qui s’étaient insurgés en son nom, dans leur caserne de Jaca.
Durant le règne affolé d’Alphonse XIII, les proclamations, les promulgations, les déclarations favorables à un nouvel ordre se sont multipliées, en vain.

En août 1930, des républicains de diverses obédiences et quelques monarchistes modérés complotèrent à Saint-Sébastien, malgré le renvoi, en début d’année, du général Primo de Rivera dont l’impopularité mettait en péril le régime.

Avec la nomination du général Berenguer, on passa de la « dicdadura » (littéralement la « dictadure ») à la « dictablanda » (la « dictamolle »). Le roi et ses proches crurent trouver une parade convenable pour éviter la chute.
L’arbitraire connut une relative parenthèse. Au gouvernement, on tenta de revenir à la légalité constitutionnelle, afin de sauver les meubles. C’est dans ce cadre, où la République fermentait, que Berenguer organisa un scrutin.
Pour sa part, il misait sur l’élection d’un nouveau Parlement qu’il pensait contrôler. Il dut reculer. L’opinion publique lui imposa un préalable : les élections municipales susceptibles d’assainir la vie locale et permettant de structurer au grand air les mouvements politiques, afin d’opérer un changement réel. Depuis le Moyen Âge, l’Espagne croit au pouvoir des communes.

Les républicains se sont coalisés.
Des socialistes aux conservateurs, ils présentent un front, certes disparate, mais uni.
Les monarchistes sous-estiment leur efficacité. Ils n’imaginent pas, un seul instant, qu’ils seront battus, et plus que battus, déroutés. Ils ne perçoivent pas les signes que le destin et l’histoire leur dispensent. D’anciens collaborateurs du roi ont rejoint le camp républicain. Le roi, quant à lui, prend les choses à la légère. Alors que son monde s’apprête à basculer dans un néant, il part en - vacances en Angleterre, dont il ne reviendra qu’à la fin mars. Le trône vacille et le roi s’amuse.

Les Espagnols n’avaient pas voté depuis l’instauration de la dictature de Primo de Rivera, en 1923. Rien, donc, de très aventureux en principe, si ce n’est que les partis républicains l’emportent massivement.

Un tsunami secoue le paysage politique.
Les urnes ont parlé et en dépit du dédain traditionnel que leur opposent les anarcho— syndicalistes, force majeure dans la péninsule, elles ont parlé haut et fort, comme un inconscient qui se manifeste.
La surprise ahurit ceux qu’elle - réjouit comme ceux qu’elle accable. La monarchie était minée par ses échecs, une crise économique, la guerre du Rif, la question paysanne et celle des nationalités.
Elle était minée par sa brutalité, ses incapacités, son arrogance, et par l’insouciance obtuse des fins de règne. Elle était minée par des succès de l’industrie et un développement qui contribue à la densification d’une classe ouvrière turbulente et exigeante de progrès. Elle était minée par ses archaïsmes et des soupçons de modernité, comme si plus aucun habit ne lui convenait.

L’Espagne rêve.
Le 12 avril, au soir, le palais s’endort sous une monarchie aux paupières flétries et se réveille, sans qu’il le perçoive encore, avec une république.
Dans les hautes sphères, l’incrédulité cède le pas à une panique aux accents, parfois, burlesques.
Dans les grandes villes, et principalement à Madrid et Barcelone, la foule envahit les rues. La République a triomphé, sans exaction ni virulence. Elle joue sur du velours. Les foules sont pacifiques. À Madrid, on renverse la statue de Philippe IV et l’on transporte celle d’Isabelle II, la grand-mère d’Alphonse XIII, jusqu’au couvent des Adoratrices afin que les nonnes la lavent de ses péchés de chair.

Barcelone concurrence Madrid. On y proclame la République quelques heures avant la capitale où un Comité révolutionnaire s’est créé. Mais c’est à Eibar, au Pays basque, que revient le privilège d’avoir - arboré le drapeau républicain en premier. On méprise les formes juridiques que les - autorités, saisies de scrupules tardifs, - voudraient voir respecter.

À l’instigation du roi, que ses courtisans disent « serein », lorsqu’il apprend les résultats, le général Berenguer croit abattre une carte maîtresse en proposant l’élection d’une assemblée constituante devant laquelle le souverain abdiquerait, si la majorité le décide. Berenguer tergiverse. Il repousse la République.
En fait, il n’est plus en mesure de la différer. Les républicains n’ont pas de temps à perdre. Ils répliquent à son offre par un communiqué, sans appel : « Ce vote (...) a la valeur d’un plébiscite hostile à la monarchie (...) c’est un verdict contre le détenteur du pouvoir suprême. »

Berenguer comprend que la partie est perdue.
Il adresse un télégramme aux chefs de garnison. Ce télégramme est rédigé d’une manière si ambiguë que sa lecture ouvre le champ à plusieurs interprétations. L’armée n’interviendra pas. Le général Sanjurjo, commandant la garde civile, reste sur la réserve. La monarchie est amputée.

La République qu’on associait au rêve s’est avérée une nécessité.
Elle est désormais un inéluctable, et un inéluctable pressant. Quelques ultras préconisent à Alphonse XIII une résistance à outrance, quel qu’en soit le prix à payer. Le capitaine de la garde du roi exclut de donner l’ordre à ses soldats de marcher contre la foule. Il veut bien se sacrifier, seul, mais ses hommes, prévient-il, ne lui obéiront pas.

La nuit est tombée.
Le roi boucle ses bagages. La reine Victoria Eugenia refuse de l’accompagner. De drôles d’idées traversent l’esprit du monarque. Ce Bourbon, - héritier de Louis XIV, demande qui veillera « sur la tête » des membres de sa famille.
Mais le roi pense avant tout à sa sécurité.
Il quitte le navire. La famille suivra.

Le drapeau républicain flotte sur Madrid. Là, Alphonse XIII grimpe dans son Hispano Suiza qu’il conduira lui-même et après avoir crié un « Viva España ! » qui résonne comme un sauve-qui-peut, il roule jusqu’au port de Carthagène, si vite, qu’il sème presque son escorte.
Averti, le Comité révolutionnaire proclame la République. Il s’enquiert de la destination du roi. Il obtient une réponse par radiotélégramme : « Rien de nouveau à signaler... Dès que Don Alfonso débarquera (...) le drapeau républicain sera hissé à bord. Vive la République ! »

Denis Fernàndez Recatalà, écrivain, l'Humanité du 10 avril 2006

Par E-Mosaïque
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Lundi 1 mai 2006
Par E-Mosaïque
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